• Christian B.

Dans les pas de Sigeric

Mis à jour : avr. 20


Je me trouve ce soir à Canterbury, dans le Kent, à l’est de Londres et, demain matin à l’aube, je prendrai le départ pour rejoindre Douvres puis Calais ( par le ferry ), première étape d’un long parcours sur la via Francigena.


La via Francigena a été bâtie par les légions romaines qui l’utilisaient pour aller ou revenir de Britannia. Par la suite, elle est devenue une importante voie de communication et d’échanges commerciaux dans le haut moyen âge. En 990, Sigeric, nommé évêque de Canterbury l’emprunta pour se rendre à Rome recevoir les insignes de sa fonction ( le pallium ) et lors son retour de la « ville éternelle », il a dicté chaque jour à son scribe la description de ce long parcours dans un document qui récapitule ses 80 étapes. Gros succès de librairie - je ne doute pas que Sigeric ait été la vedette des « talk shows » de la BBC de l’époque et qu’il a fait l’objet des éditoriaux du Times :-) - inspirant des milliers de pèlerins à se rendre à Rome.


Ce pèlerinage a compté alors, avec celui de Jérusalem et celui de Compostelle, comme les trois grands pèlerinages de la chrétienté, puis comme les autres, il tomba progressivement dans l’oubli avant de renaître tout doucement avec l’engouement autour du chemin de Compostelle depuis le milieu du siècle dernier. Toutefois, la via Francigena reste confidentielle et quelques dizaines de pèlerins et encore moins de randonneurs la parcourent chaque année.

Mais pourquoi me lancer dans un pareil défi alors que je ne suis pas pèlerin ? En fait, après une première expérience en 2007/2008 sur le Camino Francés, l'une de mes chevilles, gravement accidentée en 1990, semblait s'être fort bien accommodée de cette « cure » un peu forcée et ma kinésithérapeute de fille m'avait alors dit « Papa, tu sais ce qu'il te reste à faire ». J'ai donc recommencé et puis j'ai pris goût à ces longues chevauchées à parcourir les grands espaces, à découvrir les beautés architecturales réparties ici ou là, à admirer la faune ou la flore ; je garde un merveilleux souvenir des millions de cistes de mes premières étapes sur la Via de la Plata en Andalousie. Je rejoins ainsi dans ses motivations Axel Kahn, le grand généticien, médecin et humaniste, dont je vous engage à lire le livre qu'il vient de faire paraître chez Stock « Pensées en chemin ».

J’ai passé les mois de Décembre et Janvier à rechercher de la documentation, car de Canterbury à Lausanne, il n’y a pas de topo-guide (1) et quant au balisage, plusieurs associations se bouffent le nez ! Il s’en suit qu’à la différence du Camino Francés en Espagne, il n'y a pas à l'heure actuelle de tracé unique de la via Francigena, que ce soit en Angleterre, en France, en Suisse, en Italie. Différents itinéraires sont proposés. La signalisation est rare et variable…

Mais plus la recherche est compliquée, plus c’est enthousiasmant de trouver les solutions ! La lecture de quelques récits trouvés sur le Net et surtout la documentation que m’a adressée l’amie Isabelle - cette grande championne a gagné Paris → Colmar à la marche en 1996 - et elle a parcouru la voie Francigena, itinéraire qu’elle a commencé à ... Aberdeen en Écosse – m’ont permis d’élaborer mon chemin.


Et puis j’ai trouvé sur le site italien Il Movimento Lento ( le bien nommé ), mis en ligne par Cristina Menghini, une journaliste, outre un copieux récit de son voyage, des fichiers GPX avec les waypoints de son parcours, que j'ai complétés par d’autres fichiers trouvés chez Wikiloc, et que j’ai importés dans mon GPS Garmin Dakota 30, ce qui a réglé partiellement le problème quand bien même je ne suivrai pas à la lettre ces tracés.

Bref, j’ai rejoint ce matin Canterbury via un TGV suivi de l’Eurostar et d’un tortillard jusqu’à Canterbury. Un vol EasyJet depuis Lyon aurait été apprécié et moins onéreux, mais les horaires posaient problème et imposaient de passer la nuit à Londres.


Mon sac déposé à l'hôtel réservé depuis plusieurs semaines, j'ai été faire un tour en ville. J'ai voulu d'abord faire tamponner ma crédenciale à la cathédrale – eh oui, bien que n'étant pas pèlerin, il me faut utiliser, comme en Espagne, ce document pour avoir accès à certains hébergements ! - mais le dimanche la cathédrale ne se visite pas car réservée aux offices, donc pas de tampon ici sur ma crédenciale.

Il me reste à souhaiter que la perfide Albion ne déverse pas demain sur ma tête un trop plein d’eau …


[1] J’ai découvert en février un topo-guide en deux volumes de la via Francigena édité en Angleterre chez Cicerone


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