• Christian B.

Le long des côtes du Brésil

Mis à jour : avr. 16


J14 ~ Lundi 7/11

À 8 heures, l’ancre était à poste et nous avons quitté Natal avec la marée. Un coup de gite dans le clapot et j’ai explosé mon petit Casio que j’avais imprudemment glissé dans la poche de mon jean. Plus de photos mais Loïck m'a passé le sien que nous partagerons de temps à autre jusqu’à Rio.


Nous retrouvons donc le rythme du large, mais si nous perdons de vue de temps à autre la côte, parfois nous en sommes proche. Il en sera ainsi durant quatre belles journées de navigation pour demoiselles. Le vent est léger et Pen Duick se traîne, pourtant dans le but de garder une bonne vitesse, nous avons fait de nombreux essais de voiles différentes dont bien sûr un immense spinnaker blanc et rouge. On sortira même une curieuse voile triangulaire tête en bas, positionnée entre le grand mat et le mat d’artimon. Elle n’a pas dû servir beaucoup au grand Éric et ceux qui ont navigué sur son bateau depuis qu'il a disparu car elle est d’origine !

J18 ~ Vendredi 11/11

Peu avant la tombée de la nuit nous sommes arrivés à Salvador de Bahia (le nom exact est São Salvador da Bahia de Todos os Santos) et nous sommes amarrés au Terminal Nautico da Bahia, une marina sans grand attrait si ce n’est celui d’être à deux pas de l’ascenseur Lacerda, bien pratique pour aller visiter le Pelourinho, le centre historique de Salvador.

Nous avons été accueillis par des compatriotes qui venaient de terminer la Mini Transat 6,50 et étaient ravis de voir arriver le bateau de légende. Ils nous ont mis tout de suite dans l’ambiance : si vous allez en ville, pas d’appareil photo, pas de montre ni de chaîne autour du cou, pas d’argent juste le minimum. D'ailleurs, l’un des concurrents a été victime d’un vol à l’arraché tout près de la marina…

Nantis de ces précieux conseils – on verra qu’ils ne sont pas superflus – nous avons pris le fameux ascenseur Lacerda, un vieil engin public type autobus vertical mais très spacieux qui permet de relier le littoral appelé Cidade Baixa à la ville historique 72 mètres plus haut ! C’était vendredi soir et devant chaque boutique ou à l’intérieur, des orchestres jouaient de la musique endiablée. La musique et le football, c’est le Brésil.

Nous nous sommes dispersés et avec trois copains je me suis baladé allant d’un coin à l’autre dans la nuit tombée. Nous nous sommes arrêtés dans l’une des nombreuses gargotes pour y dîner, repas qui sera bien sûr précédé d’une capirinha. Durant le repas, une métisse m’a entrepris et finalement réussi à me vendre, après un long marchandage pour la forme, trois petits colliers pour quelques dollars, ils feront la joie de mes filles à mon retour en métropole.

En fin de soirée, nous sommes retournés à la marina par l’ascenseur. Devant la grille, en attendant que des gardes armés viennent nous ouvrir, j'ai été interpellé par Loïck, notre capt'ain, qui descendait d’un taxi « Christian, tu peux payer mon taxi ? ». Je me suis exécuté et peu après devant une capirinha, Loïck nous a raconté qu’au lieu de prendre l’ascenseur, il était revenu par l’une des rues qui descendent du Pelourinho et s’était retrouvé entouré d’une bande d’adolescents de guère plus de 14 ans, un couteau sur le ventre, on lui a fait les poches ! Plus tard, c’est Jean de retour à bord qui nous dira qu'il s’est fait piquer sa chaîne en or ! Bien qu’entouré de deux de nos copains, il n'a rien vu, rien senti. Certains rentreront au petit jour, ayant joué aux french lovers.


J19 ~ Samedi 12/11

Nous sommes réveillés par le ressac des bateaux de promenade qui emmènent des promeneurs vers les îles de la baie, c’est le début du week-end …

Je ne me souviens plus ce qui nous a fait quitter Salvador seulement en fin de journée mais c’est vers 18 H que nous avons largué les amarres, cap au sud vers Rio de Janeiro, dans le soleil couchant.

J20 ~ Dimanche 13/11

J’ai pris mon quart au petit jour, sous un ciel plombé alors que Pen Duick avançait dans un vent léger. Celui qui sait tout – oui, il y en avait un à bord – a trouvé qu’on était soustoilé, mais après un long silence, Goulven, notre second, lui a répondu, « je crois bien qu’on va plutôt réduire » ! Moins d’une heure plus tard, ça piaulait dur ! Alors que j'étais toujours à la barre, à un moment donné, je n’arrivais plus à tenir le bateau sur son cap, des équipiers sont montés l'un m'aider à tenir cette foutue barre franche, les autres pour choquer un peu l’artimon.


Ouf, ça va mieux ! Mon quart terminé, je suis allé dormir mais, plusieurs heures plus tard, lorsque je suis remonté dans le cockpit, j'ai trouvé un bateau en fuite sous tourmentin vers le Nord dans une tempête de force 9 ; la mer n'était pas encore très grosse mais la houle était impressionnante.


J21 ~ Lundi 14/11

Le coup de vent s’est calmé aussi vite qu’il est arrivé et nous avons retrouvé un ciel d’azur limpide. En fin de journée, « celui qui sait tout » pêchera un joli thon.

J22 ~ Mardi 15/11

Nuit calme et après le petit déjeûner, lorsque je suis remonté dans le cockpit, j'ai retrouvé le bateau, un os entre les dents, qui traçait sa route à plein gaz vers le sud.

Nous abattrons 220 milles nautiques en 24 heures, ce qui représente une belle moyenne !


J23 ~ Mercredi 16/11

Encore une belle journée de voile alors que nous nous glissons entre des plateformes pétrolières, lesquelles sont pourtant fort éloignées des côtes du Brésil qu’on a perdues de vue depuis notre départ de Salvador.

Nous avons profité de ces heures tranquilles en occupations diverses : baignades autour du bateau, pèche, lecture, jeux de cartes. En fin de journée Xavier, le second matelot, prendra un superbe thasard.

J24 ~ Jeudi 17/11

C’est notre dernière journée en mer et l’occasion de fêter dignement notre traversée, tellement dignement qu’en fin de journée, le capt’ain est au fond de sa couchette, rond comme une queue de pelle, le second en est au même stade ainsi que plusieurs équipiers. Alors que je termine ma sieste, on viendra même me réveiller pour que j’intervienne ( est-ce l’expérience ou mes cheveux blancs qui ont amené la démarche ) et avec Jean – l’autre ancien du bord - nous avons dû camoufler les dernières bouteilles de capirinha que le second dans un délire éthylique, voulait absolument finir avant d’arriver.

En soirée, alors que les pros cuvent, un calcul montre que notre ETA ( estimate time of arrival = temps d’arrivée ) se fera vers 3 heures du matin. Nous sommes sans carte détaillée et le GPS n’a pas la carte pour l’atterrage dans la Baie de Guanabara ( ! ). Celui qui sait tout veut qu’on accélère ce qui ne changerait rien au problème ; Jean et moi qui avons pris la direction des opérations (si, si !), nous pensons au contraire qu’il faut ralentir. Dans un moment de lucidité, le capt’ain fait une (très) courte apparition et lance un « il faut ralentir » qui règle la question…


J25 ~ Vendredi 18/11

Le jour s'est levé alors que Pain de Sucre se profilait dans la brume matinale. Tout le monde monte sur le pont pour cette arrivée qui va prendre encore un peu de temps. Un peu avant 7 heures, nous avons franchis la ligne imaginaire qui sépare la Pointe de Copacabana et celle d’Itaipu et marque l’entrée dans la Baie de Guanabara.

À 10 heures, nous étions amarrés dans la Marina da Gloria, la seule marina avec pontons du centre-ville de Rio de Janeiro dominée par le Corcovado. Au bureau du harbourmaster, un panneau met en garde contre les actes de malveillance et invite à prendre des précautions en allant en ville : pas de montre, pas de chaîne autour du cou, pas d’appareil photo, le moins d’argent possible.

Bon, on sait … et pourtant !

Nous nous entassons dans deux taxis pour aller faire les formalités d’entrée au Brésil. Oui, bien sûr, vous allez me dire que nous sommes arrivés dans cet immense pays il y a déjà deux semaines, mais à Natal c’était un dimanche et nous n’avons pas régularisé notre entrée dans le pays, pas plus d’ailleurs qu’à Salvador de Bahia pour une raison quasi identique ( c'était samedi ). Il faut donc nous rendre dans divers endroits de la ville, bien éloignés les uns des autres, pour accomplir ces formalités : Policia Federale, Alfandega ( la douane ), autorités de la santé des ports, recette fédérale ( pour encaisser les droits ) et quelques autres administrations que j’ai oubliées, bref une jolie partie de plaisir ! Et bien sûr, dans une tenue correcte ! Antoine – le chanteur - raconte qu’arrivé en bermuda, l’une des autorités en question avait refusé de le recevoir et il avait dû négocier au bar voisin pour échanger pendant un moment son bermuda contre le pantalon du serveur ! Et ça n’a pas changé depuis mon passage si j’en juge par ce commentaire récent.

Peu avant 13 heures, nous en avons fini et avec quelques copains, nous prenons un taxi pour rejoindre Copacabana. Repas dans un restaurant du secteur, un truc à touristes mais on sera correctement reçus, puis plage une partie de l’après-midi.

Je ne suis pas footeux, je l’ai écrit, pourtant j’aurais voulu assister à un match, non pas tant pour le ballon et les joueurs que pour le spectacle dans les tribunes, ça doit être quelque chose, mais il aurait fallu que je m’organise avant de venir et prendre du temps, or je n'avais rien organisé et mon vol retour est prévu demain en début d’après-midi.


Donc, pas de Maracanã, de Fiuminense ou de Botafogo, j’ai passé une soirée sage en compagnie de quelques équipiers alors que d’autres allaient à la rencontre de la musique brésilienne. Celui qui sait tout, malgré les conseils prodigués, s’est fait faire les poches dans la cohue. Mais quelle idée d’emmener dans ces conditions 500 euros et une carte bancaire!


Samedi 19/11

Début de matinée farniente, puis capt'ain Loïck restant à bord pour mettre de l’ordre dans les papiers du bateau avant d'en transférer la responsabilité à un autre skipper - le bateau poursuit vers Buenos-Aires - nous partons faire un tour en ville. Vers 11 heures, je rentre préparer mon sac alors que mes compagnons de voyage, moins pressés, poursuivent leur découverte de la ville.


Sous le soleil, en ce début de week-end, des compatriotes travaillant à l’ambassade de France prennent possession du voilier voisin. Bien évidemment, ils viennent discuter avec nous. Nous partagerons la superbe salade de fruits qu’ils ont apportée. Peu avant 14 heures, le taxi commandé m’emmène à l’aéroport Santos Dumont où, comme me l’ont conseillé nos compatriotes de l’ambassade, je change mes derniers réals auprès des porteurs à bagages, il parait que ce sont eux qui font le meilleur change de toute la ville…


L'Aventure a été belle, Adeus Brazil !


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Carte avec le parcours de Natal à Rio de Janeiro- détails techniques - fichier GPS [clic]

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