• Christian B.

Dans le ciel de Haute Provence

Mis à jour : avr. 21


La semaine dernière, histoire de changer de cadre et ne plus voir la neige qui recouvre encore les sommets de Savoie limitant mes balades, j’ai convaincu la complice de quelques-unes de mes bambées montagnardes à venir faire quelques randonnées dans les Alpes de Haute Provence. Jeudi matin, nous avons rejoint Digne alors que le ciel, bien couvert dans le Haut Buëch s’éclaircissait laissant apparaître le soleil au fur et mesure qu’on avançait dans la vallée de la Durance.

Alors que nous longions la Bléone et que le soleil gagnait la partie engagée contre les nuages, j’ai retrouvé les ciels si lumineux qui font le charme de la Haute Provence, si propice à rappeler les bons moments passés par ici.

Oui, je suis venu souvent dans la région de Digne lorsque j’étais si accroc au parapente que je passais mon temps à lever le nez en l’air pour voir voler les ailes colorées de nos joujoux. J’avais commencé par faire de petits vols tranquilles depuis le décollage du Chalvet (Saint-André-les-Alpes) puis l’expérience venant, c’est en compétition le plus souvent que j’ai découvert le décollage de Dormillouse (Saint-Jean-Monclar), celui du Pavillon au Serre de Montdenier (Moustiers-Sainte-Marie) ou encore celui du Cousson (Digne).

J’ai souvenir – Henri, toi qui me lis, tu dois t’en souvenir – de ce week-end d’octobre où avec un groupe de copains nous étions venus d’Annecy pour goûter à l’air automnal de l’été indien alors que les ascendances se font rares mais aimables. Nous avions décollé du Chalvet et trouvant des conditions quasi idéales surprenantes à cette époque de l'année, nous avions entrepris un vol de distance vers le nord. Tu t’étais posé du côté de Lambruisse je crois me souvenir alors que nos copains Pascal, Vincent et deux autres avaient rejoint Saint-Vincent-les-Forts à plus de 50 kilomètres au nord.

Pour ma part, ayant quitté plus tardivement le Mont Chalvet, c’est en solitaire que j’ai effectué le même vol – en solitaire, enfin presque car dans la longue transition entre la montagne du Cheval Blanc (2.323 m) et la Tête de l’Estrop (2.961 m) j’ai été accompagné d’un aigle chacun surveillant son voisin d’un œil ! Un peu plus tard, sur la crête de la Blanche (2.610 m) j’avais recroisé nos lascars qui s’en revenaient après avoir survolé Saint-Vincent-les-Forts. Quant à moi, parvenu 1.500 mètres à la verticale de Saint-Jean-Monclar, j’avais engagé des séries de virages à 360° pour venir me poser au terrain d’atterrissage du col Saint-Jean, ravi et heureux après un tel vol de plus de 55 kilomètres…

En 1991, désigné par la Fédération Aéronautique Internationale comme membre du jury international, j’ai passé une bonne vingtaine de jours à Digne où était organisé le premier championnat du monde de parapente. Les compétiteurs étant venus reconnaître les lieux bien avant le début de la compétition, on peut dire que pendant trois semaines c’est un festival de couleurs dans le ciel – qui a été particulièrement coopératif pendant toute la durée du championnat - qui a été proposé au regard des dignois.

La compétition a débuté par trois manches éliminatoires visant à sélectionner 80 des 114 pilotes inscrits répartis en deux poules. Chaque jour les uns partaient vers les décollages de Dormillouse ou du Cousson, les autres vers ceux de Saint-André les Alpes ou de Moustiers-Sainte-Marie puis les choses sérieuses ont débuté le 16 septembre lors des épreuves finales avec des manches de 20 à 70 kilomètres.

Après avoir contrôlé le bon déroulement du départ de chaque épreuve, je volais tranquillement vers l’atterrissage avant de retrouver les compétiteurs pour vérifier que tout se passait dans les règles lors de l’arrivée.

Ensuite, c’était la cavalcade pour revenir à Digne. Au grand effarement des touristes, les minibus et autres véhicules de l’armada doublaient partout, même dans les virages (en fait, il y avait un « truc » : les militaires qui avaient apporté leur concours à l’organisation, précédant le convoi envoyait par radio des informations : la route est libre, vous pouvez doubler ou bien ne doublez pas, vous allez croiser un véhicule).

En soirée, on envahissait la place Gassendi où avaient été installés les stands des sponsors. Le podium, après la proclamation officielle des résultats du jour, était mis à la disposition de groupes musicaux qui venaient ravir dignois, compétiteurs et accompagnateurs – pas sûr cependant que les voisins de la place Gassendi aient autant apprécié.

Un jeune anglais, Robbie Whittal, a été déclaré champion du monde sous les applaudissements. Nos compatriotes ne sont pas montés sur le podium hormis Nanou médaille de bronze chez les féminines, Richard a fait sixième et par équipes, nous avons terminé à la quatrième place.

Quelques mois plus tard, un italien Michele Moretti a publié un album sur cette compétition. L’équipe de France a tenu à me le dédicacer et je relis encore avec amusement les mots amicaux de Nanou, Didier, Patrice, Patrick, Richard et Xavier…

Mes derniers vols dans le ciel des Alpes de Haute Provence, l’ont été au début des années 2000 lorsque le cher ami Conrad† m’a proposé d’aller passer un week-end d’automne à Saint-André-les-Alpes. Après des années d’amitié à parcourir les montagnes de Savoie skis aux pieds (le plus souvent avec son frère, mon complice Edilio), nous avions découvert le parapente au même moment alors que nous nous étions un peu perdus de vue et nous avions éprouvé tous les deux une nouvelle passion dévorante. Après avoir goûté à la douceur des ascendances de l’été indien, notre voyage retour vers la Savoie fut aussi rapide que l’avait été le voyage aller et le lundi matin Conrad était de nouveau à son bureau à la tête du groupe international de services financiers qu’il avait créé alors que je gagnais Genève où j’étais en charge de la filiale helvétique qu’il m’avait confiée. Ciao Conrad !

→ Cliquer sur les photos pour les voir en grand format, elles ont été prises à l'occasion de diverses épreuves de la Coupe du Monde de Parapente © Paragliding World Cup Association (PWCA)


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