• Christian B.

Le Bisse de Gorperi

Mis à jour : mai 10


Pourquoi est-il si nécessaire d'irriguer dans le Valais ? Ce canton suisse étant entouré au nord par les montagnes de l'Oberland et au sud par celles des Alpes Pennines, chacune comportant des sommets de plus de 4.000 mètres, que les perturbations viennent du nord-ouest ou du sud, les nuages s'y accumulent et l'eau s'y condense sous forme de précipitations. Les nuages se vident donc avant d'arriver sur la vallée du Rhône sur laquelle les précipitations sont peu abondantes.

Ce sont donc les bisses qui doivent compenser le manque de pluie en allant chercher l'eau des torrents pour l'amener vers les terres cultivables et les irriguer.

Sur leur parcours, ces bisses rencontrent des obstacles importants, parois rocheuses et éboulements, que les anciens ont dû maîtriser, non sans de graves accidents. Cela fait des bisses le témoin de leur adresse et de leur audace.

Au-dessus de Visp (Viège), le torrent du Baltschierderbach dans le Baltschiedertal, l'une des vallées les plus sauvages de Suisse, donne ainsi naissance à pas moins d'une dizaine de bisses, j'en ai recensé cinq en rive gauche près du petit village d'Eggerberg et quatre en rive droite proches de celui d'Ausserberg.

Le bisse de Gorperi, construit en 1640, compte parmi les plus spectaculaires du secteur.

Toujours en activité, il prend son eau dans le Baltschiederbach à 1.216 mètres d'altitude et après un parcours de 4 kilomètres, finit son cours 80 mètres plus bas dans les prairies entre le petit hameau d'Eggen (1.052 m) et celui d'Eggerberg (852 m) où l'eau est distribuée dans un système d'irrigation par aspersion.

Les passages les plus aériens et donc exposés ont été remplacés par dix tunnels amusants à traverser mais le point fort de la randonnée est là où un bazot en bois (chéneau en patois valaisan) a été reconstruit où le bisse traversait naguère la falaise : le bazot repose sur des poutres insérées dans la falaise, la planche qui permettait au gardien de surveiller, y est également fixée.

Il est possible de faire le parcours sur ce tronçon aérien de 15 mètres, un petit panneau informant toutefois « Betreten auf eigenes Risiko » et on comprend pourquoi, le vide y est nauséeux !

Si la grande majorité des randonneurs évite le passage en utilisant le tunnel qui lui est parallèle, le vieil alpiniste que je suis ne pouvait pas ne pas y aller, dédaignant l’avertissement en allemand (« passez à vos risques et périls ») !

Ça fait son effet, il y a du gaz et c’est sérieusement exposé, chi va piano va sano ! La planche un brin voilée, un peu trop éloignée de la falaise au milieu du passage, impose de progresser le corps un peu courbé (les photos parlent d'elles-mêmes) alors qu'on se tient à un câble en chanvre - trop lâche - qui est censé assurer la sécurité - on ne peut pas dire qu'on y soit à l'aise... De plus, j'avais commis l'erreur de garder mes bâtons de marche dans une main.

Un faux-pas, un étourdissement, une fausse manœuvre et le cimetière peut compter sur un nouveau client !

Pour tout dire, on est quand même bien content lorsqu'on quitte la planche pour avancer sur une murette maçonnée surplombant le vide.

La complice de mes randonnées habituelles a voulu aussi s'y risquer, mais sur mon conseil elle m'a laissé ses bâtons que je suis revenu récupérer en empruntant cette fois ... le tunnel !...

Un moment fort, mais quel souvenir ...


Distance 5,5 km, longueur du bisse 4,2 km, temps 2 h 05 arrêts inclus, Difficulté : T3 D+ 426 m D- 29 m, altitude de la prise d'eau 1.216 m, altitude de fin du bisse 1.137 m

Carte 1/25'000 SwissTopo N° 1288 Raron

Carte avec le parcours - détails techniques - fichier GPS [clic]


→ Cliquer sur les photos pour les voir en grand format


Je vous invite à regarder le court montage audiovisuel (4,56 minutes) ci-dessous.


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