• Christian B.

Atlantic Odissey ~ Dans les Quarantièmes Rugissants

Mis à jour : avr. 13


Jeudi 20 mars (J12) Atlantic South Ocean

Réveil à 7 heures 30 avec l’annonce par Morten d’un temps plus confortable et un vent léger de force 2. Mais, un peu plus tard, après le petit déjeuner britannique toujours aussi copieux et agréable, il neige et la visibilité est très réduite alors que défilent de part et d'autre du Prof. Molchanov de grands icebergs tabulaires…

À 10 heures 30, l’exposé du jour fait par Albert, le néerlandais, porte sur « Global Circulation » donc le régime des vents sur le globe et bien sûr sur les régions polaires. Le côté très technique de l’exposé fait que celui-ci ne dure qu’une demi-heure. Retour à ma cabine pour … une bonne sieste !

Vers 16 heures, exposé de Morten sur « History Whaling », autrement écrit histoire de la chasse à la baleine commencée par des basques dans le Golfe de Gascogne, poursuivie par les norvégiens et depuis la fin de la seconde guerre mondiale par les américains & les japonais et, je crois aussi, par les russes.

Après le dîner, je me suis lancé dans la lecture de « La peau du tambour » d’Arturo Perez Reverte. Je n’avais pas aimé son livre « La reine du sud » que je n’ai d’ailleurs jamais fini, mais ici comme dans « Le tableau du maître flamand » je suis entré dans l’histoire et pour un peu j’y passerai la nuit.


Vendredi 21 mars (J13) Atlantic South Ocean

La nuit s’est passée dans un joli rock and roll qui continue au jour avec une forte houle d’ouest, donc de travers. Quant à la visibilité, elle se limite à moins d’un demi mille !

L’exposé du jour à 10 heures 30 fait par Troels est « Introduction to Cetaceans ». Un exposé technique sur les baleines depuis leur évolution.

À 15 heures, c’est Debrah Shearwater – je me demandais depuis le départ si elle faisait partie ou non du staff, mais c’est bien une passagère – qui nous présente un documentaire qu’elle a réalisé « Through the seasons at Monterey Bay ». Belles images d’oiseaux de mer et de mammifères prises dans cette baie californienne où elle organise pour l’American Seabirds Association des balades en bateau aux fins d’observations.

Aussitôt après, à 16 heures 30, c’est Albert qui nous présente une « History of Tristan Da Cunha », île découverte en 1506 et vers laquelle nous nous dirigeons.

Au dîner, il manque une demi-douzaine de passagers rien que dans ma seule salle à manger - il y en a deux - comme à chaque repas depuis le départ de la Géorgie du Sud, le mal de mer continue de sévir ! Thomas, le très sympathique anglais, est touché et fait peine à voir « et dire que je paie pour ça » s'est-il exclamé…

À 21 heures, c’est un film « 20.000 Leagues under the Seas » qui nous est proposé, mais c’est ma bannette que j'ai choisie comme l’a fait quelques minutes avant moi Bob, mon coturne.


Samedi 22 mars (J14) Atlantic South Ocean

Au lever du jour, un rayon de soleil entre dans la cabine, le temps est clair mais la mer est forte. Morten nous annonce un vent de force 8 Beaufort. Pour ma part, j’ai plutôt le sentiment d’un 6/7 Beaufort. La température commence à remonter et nous avons 8°, le plus haut thermomètre depuis notre départ d’Ushuaia. Nous sommes ce matin à environ 600 nautiques de Gough Island ce qui devrait nous faire arriver dans la journée de lundi.

Toute la nuit, le Prof. Molchanov a roulé d’un bord sur l’autre et au jour ça n’a pas changé. Les mouvements du bateau sont parfois assez forts et ainsi, au petit déjeuner, dans un coup de roulis plus pronocé que les autres ma tasse de thé, celle de café de mon vis-à-vis et nos deux verres d’orangeade ont valsé. Sur les autres tables ce n’était pas mieux …

L’exposé du jour à 10 heures 30 fait par Albert, notre Lecturer Manager, porte sur une étrange querelle de scientifiques à laquelle d’ailleurs il a apporté sa contribution. Elle porte sur l’existence ou non à Tristan Da Cunha de l’Island Cock of Tristan Da Cunha appelé encore Moorhen Cock. Ce gallinacé noir et spécifique à Tristan Da Cunha et aussi à Gough aurait été découvert à la fin des années 1700 par Tristan Moorhen qui lui a donné son nom. Au milieu des années 1950 cette existence a été contestée. Pour certains, il aurait existé mais il a disparu. Pour d’autres, il n’a jamais existé et c’est une pure invention du sieur Moorhen. Pour d’autres enfin, ce gallinacé a existé et existe encore ce que Albert a démontré en trouvant en 1993 deux exemplaires … Amusante histoire !

Vers 15 heures 30, c’est un documentaire qui nous est proposé « No Place like Home » avec John Heminway (sans le g). C’est en fait un reportage sur la vie à Tristan Da Cunha.

Plus tard, Morten a poursuivi son exposé sur « History of Whaling » avec les mesures conservatoires prises depuis les années 1960 par l’IWC[1] sous la pression des médias conduits par le WWF qui a été créé à cette occasion. On sait que les divers moratoires successifs ne sont pas respectés par les japonais ( et les norvégiens et les islandais ? ) sous le fallacieux prétexte d’études scientifiques : mais rien n’a jamais été publié et ces études sont tout simplement un prétexte bidon pour un commerce déguisé de la viande de baleine.

Entre les diverses projections ou exposés, j’ai fait quelques sorties sur le pont côté sous le vent, car côté bâbord (au vent) la porte et la contre-porte de sécurité en acier sont closes par mesure de sécurité compte tenu des conditions de la mer, de même que les ponts supérieurs sont interdits. À chaque sortie, le spectacle est fascinant de ces mers du sud, avec une houle forte, des vagues qui déferlent et des oiseaux de toutes sortes, mais principalement des albatros qui volent sous un soleil un peu rasant … Fascinant, oui et je ne m’en lasse pas.

Coucher tôt comme la veille après lecture d’un chapitre de « La peau du tambour » …


Dimanche 23 mars (J15) Atlantic South Ocean

Hier au soir, annonce a été faite du changement d’heure cette nuit, annonce en anglais pour les passagers et, un peu plus tard, en russe pour l’équipage. Nous quittons l’heure de Buenos-Aires pour celle de Cabo Verde, donc heure TU – 2, ou si on préfère heure de Paris – 3.

Au réveil, la mer est plus calme bien qu’encore agitée, le ciel est d’un gris clair uniforme et on peut espérer que le soleil finira par se montrer auquel cas j’irai faire un tour sur le pont ou à la passerelle du commandant car c’est à nouveau autorisé.

Après le petit déjeuner, alors que je m’active à mes photos, Daniela apporte dans notre cabine des œufs en chocolat avec un Happy Easter. Eh oui, c’est Pâques !

Plus tard, à 10 heures 30, la conférence du jour est « Tristan, an introduction to the Island, its nature and its people » par Albert avec de superbes photos prises à l’occasion des quatre séjours de plusieurs semaines qu’il y a fait lors de ses recherches sur le Mooren cock.

L’exposé de l’après-midi par Albert consiste en un nouveau film documentaire sur Tristan Da Cunha « The Island on the Top of the World ». À peine commencé, Simon annonce au haut-parleur qu’un groupe de marsouins de Dall entourent le bateau. Du coup le film est arrêté et la salle se vide pour reprendre plus tard.

Après le dîner, alors qu’est proposé un nouveau passage de « Through the seasons at Monterey Bay » à la demande de plusieurs passagers, je préfère retourner à ma cabine pour poursuivre ma lecture du bouquin de Reverte. Vers 21 heures annonce est faite d’un « gale warning » avec un vent de force 9 dans la nuit, nous invitant à prendre des dispositions pour que tout ne valdingue pas dans nos cabines. Effectivement, le vent force progressivement et la mer grossit. Vers une heure du matin c’est la samba sur le Prof. Molchanov. Bien peu ont dormi, le roulis du bateau faisant que nos corps glissaient de l'extrémité à l’autre de nos couchettes !

Lundi 24 mars (J16) Atlantic South Ocean

Au jour, le spectacle est fascinant : une mer vraiment grosse avec toujours un vent de force 9 sous un soleil perçant entre les nuages, la température est montée à 13° au lever du jour. Avant cette croisière, je n’avais vu qu’une seule fois un force 9 en haute mer, c’était en novembre 2005, devant Salvador de Bahia, lors de ma traversée de l'Atlantique sur le Pen Duick VI. Oui, vraiment fascinant ….

Le bateau n’arrête pas de bouger dans tous les sens (il roule et il tangue bien qu’il ait réduit sa vitesse à 7 nœuds).

Dans la matinée la mer commençant à se calmer, j’ai profité du beau soleil pour monter d’abord sur le pont, ensuite à la passerelle du commandant pour faire quelques photos de cette mer fascinante. Plus tard, à 10 heures 30, c’est un film de la BBC « Blue Planet » qui nous est proposé en plusieurs parties, une série que j’ai d’ailleurs vue plusieurs fois sur les chaines françaises Escales, Ushuaia TV ou Planète Thalassa.

Le repas de 13 heures reste un bel exercice d’équilibre quoi que la mer continue de se calmer avec un vent qui a bien faibli …

L’après-midi, c’est un troisième documentaire qui nous est présenté « The forgotten Island » toujours à propos de Tristan Da Cunha, que je me souviens bien d’avoir vu sur Arte.

Le briefing d’avant dîner, toujours à 18 h 30 est consacré aux opérations de débarquement en zodiac demain à l’aube sur Gough Island.


Écrit en mer le 25 mars 2008


[1] L’IWC est en quelques sorte un comité des pèches constitué par les représentants des sociétés de pêche à la baleine, pour le compte des diverses nations concernées au sein desquelles on trouve … le Luxembourg par exemple !


→ Cliquer sur les photos pour les voir en grand format


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