• Christian B.

Terres Australes ~ Vers les Quarantièmes Rugissants

Mis à jour : avr. 14


Jeudi 18 mars 2010 : Partira Partira pas ?!?

L'embarquement à bord du Marion Dufresne était prévu à partir de 14 heures, mais plusieurs d’entre nous sont arrivés bien avant. Annie et Jean-Marie, mes amis réunionnais avec qui j'ai voyagé dans l'Atlantique Sud, m'ont amené au Port à l'heure prévue.

Nos guides, Luc et Sandra, nous conduisent à nos cabines respectives au fur et à mesure que nous arrivons. Après un coup d’œil rapide sur ce qui sera notre « chez nous » pendant près d’un mois, nous nous retrouvons au forum autour d’un petit rafraîchissement. C’est l’occasion de faire connaissance les uns avec les autres… enfin, pour ceux qui ne se connaissent pas déjà.

Le nombre de places mises à disposition des touristes, conditionné par le programme logistique du bateau, est fixé pour chaque rotation par les TAAF et il peut ainsi arriver que, pour des raisons opérationnelles, le bâtiment ne puisse accueillir aucun passager à bord, le personnel technique, logistique et scientifique étant prioritaire, il reste souvent peu de places pour participer à une rotation ( entre 8 et 12 en général ).

Nous sommes dix huit « passagers rotation touristique » : Élisabeth, Françoise, Isabelle, Sylvie, Claude, Didier, Rémi et moi, un groupe d'amis voileux qui voyageons ensemble ( une première aux TAAF ). Nous faisons la connaissance des autres « touristes » : Marguerite & Hubert, Corinne & René, Jacques et Guy, Jean Claude, Jean Pierre, Martine & Goffredo.

Le Préfet des TAAF nous rejoint vers 15 heures 30 pour nous accueillir et nous présenter les membres du conseil consultatif des TAAF avec qui nous aurons l'immense ( ! ) privilège de partager ce voyage. De plus, une mission officielle est menée par Christian Gaudin, sénateur de Maine et Loire, au titre de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques ( comme lui et moi avons plusieurs points communs, nous allons vite sympathiser ). La mission porte sur l’évaluation des recherches et des coopérations internationales menées dans les terres australes françaises. Les résultats de cette mission permettront de proposer une vision stratégique pour les territoires et de formuler des préconisations pratiques. Yves Frenot, nouveau directeur de l’Institut Polaire Emile Victor (IPEV), Ghislaine Ferrère, du ministère de l’environnement, tous deux membres du conseil consultatif des TAAF, et Cédric Marteau, directeur de la Réserve Naturelle Nationale des Terres Australes, participent également à cette mission.

Il nous apprend également que le bateau n’appareillera pas ce soir comme prévu… mais demain peut être ou après demain pour ... l'île de Tromelin au lieu de l'archipel de Crozet...

De quoi, de quoi ? Pour quelle raison ?

Une grève des ouvriers des entrepôts pétroliers frappe la Réunion et le gasoil qui devait être embarqué à bord du Marion Dufresne et acheminé vers les bases de Crozet, Kerguelen et Amsterdam, n’a pas été livré or ce gasoil est indispensable à leur bon fonctionnement, impossible de partir sans… Pascal Caduc le super pilote d’Helilagon dont la présence est indispensable pour les débarquements - aussi bien hommes que marchandises - nous rejoindra dès que le bateau se sera éloigné de la côte, c'est la règle.

Nous étions prévenus que lors d’une rotation, tout est conditionné par la logistique et la météo, mais nous ne pensions tout de même pas y être confrontés avant même d’avoir quitté le port de la Réunion !

Nos guides nous font rapidement visiter le bateau, afin d’avoir quelques points de repère : la salle à manger, le bureau de l’OPEA ( le chef des opérations pour tout ce qui touche la logistique des bases ), et au pont D comme Docteur, l’infirmerie et l’hôpital dans des locaux assez exigus mais bien équipés où exerce Céline Pelzer, le médecin de bord pour cette rotation - je ferai appel à ses soins à Crozet pour stopper vite fait un début de bronchite. Visite aussi des boutiques et surtout des lieux sympas pour assister au départ….. Nous finirons bien par partir un jour !


Lundi 22 mars et quatre jours plus tard : enfin le départ vers le sud !

Après être allé ravitailler la base météorologique de l'île de Tromelin ( de cette courte visite, j'ai écrit ce billet ), revenu à la Réunion le Marion Dufresne a chargé sur réquisition préfectorale - la grève dure toujours - un peu moins de 400 m³ de gasoil venus s’ajouter aux 288 m³ chargés la semaine dernière. Ce carburant qui sera livré dans les bases ( sous réserve des conditions météorologiques ) est indispensable à l’alimentation des centrales électriques jusqu’à la prochaine rotation au mois d’août.

À 18 heures, tout le monde est sur le pont, lunettes de soleil sur le nez, appareil de photo en bandoulière, prêts à capter le moment où le bateau va se détacher du quai ; c'est fait le navire a appareillé pour Crozet. Nous sommes une centaine sur le bateau outre les 48 officiers et marins du Marion Dufresne et nos journées vont s’organiser au jour le jour, il n’y a que le présent qui compte et ce que l’on peut vivre et apprendre au quotidien.


Mercredi 24 mars : deuxième jour de mer vers le sud

Nous filons à vive allure, cap au sud. Une bonne houle nous permet de vérifier très vite notre aptitude ou pas au mal de mer. Mais de nombreux passagers sont aguerris - pour beaucoup des familiers du Marion Dufresne et dans notre groupe de touristes les « voileux » habitués du grand large - et profitent de la traversée sans problème.

La mer, agitée ce matin, s’est calmée au fil de la journée, le vent de nord faiblissant. Un temps calme s'annonce pour les jours à venir. Grâce au courant porteur, notre allure a augmenté et notre vitesse est maintenant de 14,5 nœuds ( alors qu’hier elle était de 13 nœuds en moyenne ).

Le temps des repas est convivial, nous nous mélangeons, nous rencontrons du monde et surtout, nous savourons des menus délicieux de quatre services allant du canard à l’orange au porc au pain d’épice ou du saumon avec tagliatelles ou riz cantonnais. En bref, on se régale.

Ce soir, rayon vert à la passerelle pour quelques observateurs, puis rendez-vous au forum pour l’apéro du commandant Pierre Courtes, l’occasion de faire connaissance avec les scientifiques. Certains font, depuis plusieurs années, des recherches sur des sujets qui semblent complètement incompréhensibles pour des non-initiés ! Joli discours sympathique et les glaçons n’ont pas eu le temps de fondre dans les verres ! L’ambiance bon enfant a continué après le dîner ( toujours excellent ) dans le joyeux tumulte d’un quizz chansons mêlant équipage, passagers et touristes.


Jeudi 25 mars : « de l’espace pour la terre » entre ciel et mer…

Ce matin, visite de la passerelle à l'invitation du commandant. Présentation du bateau et son équipage de 48 officiers et marins de la CMA-CGM, armateur du Marion Dufresne. Attention ! Ne pas toucher aux boutons… La passerelle nous est accessible 24/24 heures.

Aujourd’hui, Sylvain Justaut du CNES ( Centre National d’Études Spatiales ) nous présente une série de petits documentaires sur le CNES : les satellites, comment les envoyer dans l’espace, comment l’utilisation des moyens satellites a permis de faire avancer les connaissances sur la biodiversité et le suivi des espèces, etc. Il nous explique également pourquoi le CNES est présent aux Kerguelen.

Après l’espace, les airs, les oiseaux et surtout l’étymologie des noms d’oiseaux des TAAF, c'est une approche amusante que nous propose Luc pour nous apprendre à différencier les espèces que nous allons rencontrer au cours de ce voyage.


La diffusion d’un DVD réalisé par les hivernants de la mission CRO 44 ( Crozet août 2008 ) nous permet de découvrir les différents programmes scientifiques menés à l’heure actuelle sur l’île de la Possession :

  • soutien aux missions de préservation de l’environnement ;

  • assistanat de gestion dans les domaines administratif, comptable, communication ou informatique ;

  • médecine de site isolé et de prévention.

Une journée de plus s’achève. Bien que nous soyons maintenant proche des Quarantièmes Rugissants, la température de l’eau est plutôt chaude, identique à celle de l’air : 19°C… Il fait toujours beau, la mer est belle à peu agitée et le navire avance à 15 nœuds poussé par une bonne brise de nord/nord-est.

Si les premiers albatros et pétrels ont fait leur apparition ce matin, quelques exocets font encore de courts envols autour du bateau…

Le navire poursuit sa route et la vie à bord est rythmée par les repas toujours aussi savoureux - sur le Marion Dufresne les repas sont dignes des meilleurs restaurants de l'hexagone - merci d’ailleurs à l’équipe cuisine de nous gâter autant.

Après le dîner les uns vont voir le film du soir, pendant que d’autres s’installent au forum pour jouer de la guitare et chanter. C’est aussi ça une rotation dans les TAAF…

Les touristes ne restent pas entre eux, on se mélange assez bien avec différents passagers étudiants, scientifiques, administratifs, enseignants, membres de l’IPEV ou des TAAF, personnels du bateau, membres d’équipage et nous les 18 passagers, c'est ça qui fait la richesse de ce voyage hors du commun.


Vendredi 26 mars : ambiance des mers polaires

L'entrée dans les Quarantièmes Rugissants s’est faite dans la nuit, les îles Crozet se rapprochent et l’ambiance à bord n’est plus tout à fait la même. Excitation, désir de découverte… Dehors aussi l'ambiance a changé car la brume a fait son apparition ce matin.

À l'occasion de l'une des conférences organisées à notre intention, Patrice Rannou, l’OPEA change de casquette quelque temps pour nous présenter les bases d’un point de vue technique : ravitaillement en vivre, matériel et carburant ; production d’énergie ; approvisionnement en eau ; sécurité, etc.

Pour rester dans la technique et dans la pratique, le clou de la journée a été bien sûr la séance de tamponnage du courrier, conduite par le commandant lui même !

Un rite d’initiés que l’on regarde d’abord avec un étonnement un peu amusé et puis on se prend vite au jeu, courant après les tampons pour être sûr de ne pas en manquer un ! Un petit film nous avait expliqué juste avant l’importance de ce courrier et de ces timbres spécifiques aux TAAF pour les hivernants et pour les collectionneurs.

Le statut de Territoire d’Outre-Mer des TAAF lui autorisant à émettre ses propres timbres-poste, les philatélistes du monde entier envoient des courriers à l’équipe du Marion Dufresne, souvent avec des demandes précises quant aux tampons qu’ils souhaitent voir apposés sur leurs enveloppes°.

Agitation joyeuse autour du commandant pour cet exercice des plus particuliers… Comme le disent les guides, il faut le voir pour le croire !

Lors de l’arrivée du Marion Dufresne devant la base d'Alfred Faure, comme dans chacune des bases des TAAF, c’est par la toute première rotation de l’hélicoptère que la dépêche postale arrivera sur la terre ferme, ainsi le veut la tradition. De même, lors du départ du bateau, la dépêche postale sera la première à embarquer.

En parlant des guides, ils ont fait durer le suspense et attendu le dernier moment pour nous dévoiler le programme prévisionnel des jours à venir !

L’OPEA avait bien affiché le déroulement de l’escale dans la matinée, mais il avait oublié d’y joindre le lexique propre aux TAAF : HLO, Pax, CB, CN, BD, BUS, pour les non initiés un langage bien hermétique ! Si tout va bien nous passerons trois jours sur l’île de la Possession…

Aujourd’hui, nous avons passé la zone de convergence subantarctique, rencontre entre les eaux chaudes de l’océan indien et les eaux froides de l’océan austral. La température de l’eau qui était encore de 18°C à midi, n’était plus que de 10°C dès 14 heures. Elle est restée la même jusqu’en fin de journée.

La mer est apparue plutôt calme entre les nombreux bancs de brume. Ambiance typique des mers du sud disent les officiers du bord…


Écrit en mer le 26 mars 2010


°Tout au long des missions et rotations de personnels dans les différentes bases, des tampons commémoratifs et souvenirs sont ainsi fabriqués : les hivernants, le personnel des TAAF, chacun peut émettre son tampon privé susceptible de venir orner les enveloppes du courrier posté sur le bateau ou dans les bases avant qu'il ne reparte vers la civilisation. Sur l’endroit de l’enveloppe doit figurer obligatoirement le tampon du commandant du Marion Dufresne, celui de la CMA-CGM et enfin un tampon indiquant que le courrier a été posté à bord. Une fois à terre, le gérant postal appose la flamme de la base et la date d’expédition comme tout bureau de poste de la métropole. Sur l’endroit des enveloppes, l’indication de la latitude de la base depuis laquelle est envoyé le courrier sera apposée à la gérance postale. Quant au dos, il est envahi par une débauche de tampons privés ou commémoratifs, celui de l'OPEA, du médecin, des guides...


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