• Christian B.

Une matinée bien particulière à l'abbaye d'Hautecombe #2

Mis à jour : août 25


Mon ami Jo†, mécréant et bouffeur de curé, mais aussi amateur de belles choses m'avait dit un jour « Christian, tu devrais aller un matin hiver à l'abbaye d'Hautecombe écouter un office, les chants grégoriens y sont magnifiques ».

Et ce lundi 18 avril 1983, profitant d'une journée de congé, je me dirige vers Hautecombe ayant noté que les offices y étaient célébrés à 9 heures 30.

Aussi est-ce avec une bonne vingtaines de minutes avant qu'il ne commence que je prends place au premier rang alors que l'église abbatiale est quasi dans la pénombre à peine éclairée par une veilleuse.

9 heures 30. Plusieurs personnes ont pris place derrière moi, une petite dame s'installe près de moi, quelques lumières s'allument et une quinzaine de moines pénètrent dans le chœur pour s'installer dans les stalles.

Après deux cantiques, ils quittent les lieux et l'église est de nouveau plongée dans la pénombre. Voilà qui est curieux...

Le temps passe. L'église s'emplit de fidèles, beaucoup ont des appareils photo et ne se privent pas pour mitrailler (alors que l'interdiction est écrite en évidence à l'entrée de l'abbaye). Certains portent un brassard bleu azur avec écrit en lettres dorées « Guardia d'Onore ».

Auraient-ils payé une messe à la mémoire du roi sépulturé ici le mois précédent ? Je me déplace sur mon, banc et à la petite dame en italien « est-ce une cérémonie à la mémoire de votre roi ? ». Réponse italienne « Si » ! Je décide d'attendre...

Le temps passe. 10 heures est largement dépassée, quelques lumières supplémentaires sont allumées et des fauteuils superbes sont installés sur un côté du chœur.

Le temps passe. Plusieurs grosses caméras de télévision prennent place, des essais de projecteurs presqu'aveuglants sont faits alors que plusieurs prélats italiens en habits sacerdotaux et cinq ou six « Guardia d'Onore » prennent place dans le chœur face aux fauteuils. L'un d'eu , un petit monsieur, chenu, serre contre lui une trompette.

Le temps passe. Il est presque 11 heures, l'église brille de mille feux et alors que tous les moines ou presque que compte l'abbaye prennent place dans les stalles, le père abbé traverse la nef et revient en accompagnant un cortège avec la reine Marie-José en grand deuil, son fils Victor-Emmanuel, et d'autres membres de la famille royale. La petite dame à mes côtés, son mouchoir à la main « Il Principe, Il Principe ! ».

Commence alors une cérémonie grandiose, exceptionnelle, des chants magnifiques en grégorien, une cérémonie qui va durer une heure.

Alors qu'elle semble se terminer, le petit « Guardia d'Onore » chenu, saisit sa trompette et exécute trois morceaux. Si le premier est tremblotant - l'émotion est présente - les suivants sont exécutés magistralement, notre homme apparemment a joué avec les meilleurs orchestres de la péninsule.

12 heures. Cette fois, la cérémonie est finie. Les personnes présentes se dirigent vers le chœur pour faire allégeance à l'héritier de la couronne d'Italie et comme je ne me sens pas concerné, je quitte l'église abbatiale.

À la porte plusieurs personnes qui semblent assurer un contrôle. À un moine, je m'exclame « quelle somptueuse cérémonie » et lui de me répondre « monsieur, vous n'en verrez surement plus jamais une autre » et de m'expliquer que c'est une cérémonie organisée trente jours après la mort d'un roi.

À un garde d'honneur « pouvez-vous me dire ce qu'a joué le trompettiste ? » et lui de me répondre qu'il y a eu l'hymne du roi, la minute de silence italienne. Je n'ai pas gardé souvenir du nom du troisième morceau.

À la porte de l'abbaye, un escadron de gendarmerie. Seuls pouvaient pénétrer dans l'abbatiale les citoyens italiens, mais j'étais arrivé presque deux heures avant que le barrage ne soit mis en place...

→ Je tiens à remercier le responsable de la communauté du Chemin Neuf qui m'a exceptionnellement autorisé à prendre des photos à l'intérieur de l'église.


→ Cliquer sur les photos pour les voir en grand format.

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