• Christian B.

Compagnons de sacs et de cordes

Mis à jour : avr. 20


Édilio et Roger ! Depuis combien d’années, de dizaines d’années devrais-je plutôt écrire, sillonnons-nous la Savoie de long en large, skis aux pieds ? Combien de sommets avons-nous foulé, combien de pentes avons-nous descendu laissant dans la neige nos traces éphémères ?

Édilio, c’est un fin skieur, un esthète ; lorsqu’on le regarde, il ne donne pas l’impression de skier sur la neige mais au-dessus de la neige. Au fil des années, je me croyais arrivé au niveau mondial des frères Besson°, mais au début de ce mois, Édilio m’a adressé ses vœux par e-mail avant qu’on ne se retrouve quelques jours plus tard autour d’un pot ; il avait mis en pièces jointes des photos de quelques-unes de ses traces récentes et j’ai dû avaler mon chapeau ! Il a toujours été et reste meilleur skieur que moi...

Roger, notre cadet de cinq années, est une force de la nature. Faire la trace dans 20 ou 30 centimètres de neige fraîche lui est facile alors que nous, derrière, on peine déjà à suivre … J’ai eu l’occasion de descendre à skis des faces ou des couloirs bien pentus, mais c’est avec lui – il n’y a pas si longtemps - que j’ai descendu l’une des plus raides pentes, le versant nord de la Pointe du Dard (3.206 m) en Vanoise (coté 4.1 en bonnes conditions et ce n’était pas le cas ce jour là !).

Que d’aventures et de mésaventures…

Autrefois, nous allions vite à la montée et plus vite encore à la descente, le but étant de rejoindre nos familles dès que possible pour passer avec nos épouses et nos enfants une journée quasi normale. Parfois, revenus à nos voitures, nous repartions dans un autre coin pour réaliser une seconde bambée dans la même journée, rejoindre des copains et redescendre d'un nouveau sommet avec eux !

La compétition de ski-alpinisme n’existait pas encore au milieu de nos belles années – j’ai fait quelques compétes sur le tard – mais il me semble que nous aurions pu alors nous classer parmi les tous bons ! Mes deux lascars ont eu l’outrecuidance de m’envoyer une avalanche sur la figure, un jour qu’après avoir fait un sommet dans le Beaufortain, nous faisions du hors piste dans le secteur des Contamines. Sans conséquence sinon une bonne décharge d’adrénaline.

Nous ne nous cantonnions pas à gravir les sommets de Savoie et nos traces s’inscrivaient aussi plus loin. Édilio aime me rappeler une anecdote : lors d’un raid à skis de Nice à Modane, nous avions quitté Ceillac dans le Queyras pour gagner le col de Bramousse (2.251 m) et redescendre dans la vallée du Guil pour rejoindre Brunissard.

Parvenu à mi-pente, j’avais un peu de mal à me repérer dans le brouillard lorsque nous avons découvert une remontée mécanique en action – je crois qu’elle a été démontée depuis – et j’avais invité notre petit groupe de six randonneurs à l’emprunter skis en position de montée, peaux de phoque non ôtées ! Des années ont passé, mais Édilio continue de me charrier sur cet exploit !

J’aime beaucoup le Valais et ses montagnes. J’ai foulé une vingtaine de sommets de plus de 4'000 mètres d’altitude, dont un bon nombre à skis. Je me suis rendu souvent dans les Alpes Valaisannes pour un week-end hivernal, mais avec mes deux complices, auxquels se joignaient quelques autres amis, nous y avons fait des séjours plus longs. Le val d’Hérens était l’un de nos lieux de prédilection, on y trouve de si jolies courses... Chaque année, le superbe versant sud-est de la Palanche de la Cretta (2.926 m) était au programme. Il m’est arrivé avec Roger de la skier deux fois en l’intervalle de quatre jours.

L’Hospice du col du Simplon constitue aussi une base très commode pour une semaine de bambées dans le secteur. L’hospice est confortable, l’accueil chaleureux. On n’y trouve pas seulement des skieurs ou des randonneurs, mais aussi des jeunes venus pour un temps de réflexion. Écrivant ces lignes, je crois respirer encore la bonne odeur du cuir des fauteuils du salon alors que, la douche prise après la course du jour, nous attendions l’heure du dîner pendant qu’un étudiant de l’université de Zurich ou une lycéenne du collège de Saint-Maurice jouait remarquablement bien du piano. Les courses sont pour la plupart longues et difficiles, mais si belles comme le superbe Ritzitälli dans le versant sud-est du Galehorn (2.797 m), raide et délicat.

Nous avons même, ensemble ou séparément, poussé plus loin vers l'est, du côté des Stubaier Alpen, de l'Ötztal ou des Hohe Tauern ...

Le temps a passé, nous ne sommes plus aussi vaillants qu’à nos quarante ans, les gros dénivelés de 1.500/1.800 mètres ne sont plus au programme, notre allure à la montée est devenue disons sage pour ne pas froisser mes complices, mais nous avons gardé notre enthousiasme, notre passion de la montagne.

Édilio et Roger, merci d’avoir été mes complices, je vous devais bien ce billet.


° Les frères Besson ont compté dans le milieu des années 1970 dans le top 10 du ski international. Anzi a terminé 2ème d’une coupe du monde à Kitzbuhel en 1974. Édilio et moi avons accompagné les deux frères, professionnellement, dans leurs opérations d’exportation pour la firme qu’ils ont créée et qui compte aujourd’hui encore dans les plus importantes entreprises italiennes de sportswear.


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