• Christian B.

Sur le Camino Francés #3 Frómista

Mis à jour : avr. 21


Ce matin 7 avril, j'ai quitté Carrión de Los Condes au petit jour pour rejoindre Frómista et pour que ça change il faut que rien ne change pour paraphraser cette phrase célèbre tirée du roman « Il Gattopardo » de Giuseppe Tomaso de Lampedusa (dont a été tiré le film Le Guépard avec Alain Delon). C'est la plaine, la Meseta avec ses immenses champs de culture et ce Chemin de Compostelle, une piste en terre ou empierrée qui longe la route provinciale.

Pendant cinq petites heures, j'ai croisé nombre de « pèlerins » allant vers Compostelle, chargés comme des mules pour la plupart ce qui prête à sourire. Des espagnols en nombre bien sûr, mais aussi des allemands, des anglais et des compatriotes, tous surpris de me voir aller dans ce sens face au soleil vers Frómista !

Ce petit village de Frómista s’enorgueillit de posséder l'une des plus belles églises romanes de Castille et à chacun de mes passages ici je m'émerveille devant ce bijou, l'iglesia San Martín laquelle fut construite en 1066 par Doña Mayor de Castille, veuve de Sancho III de Navarre.

La partie du chevet est constituée de trois absides, l'une au centre, grande et semi-circulaire, et deux absides latérales, plus petites.

Chaque façade a son portail dont l'unique ornementation est une imposte en damier. Seul le portail nord a échappé à cette simplicité.

L'église de San Martín marque déjà le passage vers la forme en croix latine, la nef et l'abside centrale formant l'axe longitudinal de cette croix lequel est coupé perpendiculairement par une nef transversale. À l'intérieur, on peut noter un contraste avec la présence de deux volumes verticaux qui semblent rompre la tendance à l'horizontalité de l'édifice. Les tours de base sont inhabituelles dans les églises romanes. D'autre part, vers le chevet on remarque la présence d'un ciborium octogonal, chose non fréquente (habituellement, dans les églises palatines, il est de forme carrée), le tout culminant dans une coupole semi-sphérique.

La grande abside centrale est le seul endroit orné de sculptures détachées : à gauche une statue de Saint Martin du XIV° siècle, à droite une de Saint Jacques du XIV° siècle également et au centre une Christ crucifié de la fin du XIII° siècle.

Toutefois, une statue d'une Vierge Noire a été ajoutée récemment dans la petite abside de gauche (je n'en connais pas l'origine ni la raison).

Un élément très important et mis en valeur ici, sont les chapiteaux dont la fonction n'est pas d'orner mais d'enseigner au croyant une partie des Écritures et préceptes de la doctrine chrétienne. Les chapiteaux sont ciselés et on peut en voir trois sortes :

+ les chapiteaux à décoration végétale, avec une grande variété de feuillages et de ciselures. Leur fonction est d'orner et de décorer.

+ les chapiteaux à décoration animale qui constituent un début d'enseignement puisqu'ils représentent des symboles, les uns traduisent des aspects positifs (pélicans, colombes, aigles...), d'autres montrant des choses négatives (serpents, loups, chouettes, animaux fantastiques...).

+ enfin, des chapiteaux montrant, pour la plupart, des scènes rappelant des passages bibliques comme la scène d'Adam et Ève prenant le fruit défendu et leur expulsion du Paradis. Ou encore la scène de l'Adoration des Mages ...

Comme souvent ici en Espagne mais aussi ailleurs, les églises abondent même dans des petits villages. L'iglesia San Pedro mérite également qu'on s'y arrête.

C'est une église gothique dont la construction a débuté au XV° siècle. Cependant, ce n'est qu'au siècle suivant qu’elle a reçu sa forme définitive. Elle possède une tour de quatre corps, d'apparence massive. À l'extérieur, l'un des éléments les plus intéressants est sa surprenante façade extérieure Renaissance, édifiée par Juan de Escalante vers 1560.

À l'intérieur, l’église est organisée en cinq nefs séparées par des piliers qui supportent des voûtes en forme de croix brisée. Enfin on trouve un fort beau retable œuvre de Francisco Trejo en 1636.

Autre réalisation architecturale étonnante, le Canal de Castille. Construit entre 1753 et 1859 avec quelques interruptions, il est long de 207 kilomètres et comportent 49 écluses aménagées qui lui permettent de franchir 150 mètres de dénivelé. On l'utilisait autrefois pour le transport des céréales depuis les Tierras de Campos dans le nord de la région et jusqu'à l'Atlantique. L'écluse de Frómista permet de franchir une dénivelée de 14 mètres. Jusqu'à 400 bateaux tirés par des mules circulaient quotidiennement sur le canal. Aujourd'hui, il sert à l'irrigation.

Comme je le laissais entendre dans mon billet précédent, les prévisions météo des prochains jours ne sont pas bonnes et comme la Meseta est déjà monotone, sans attrait hormis comme ici, quelques richesses architecturales, sous la pluie ça n'a rien d'attrayant. Alors demain, je gagne Burgos et après-demain dans la nuit de jeudi à vendredi, ce sera le retour en Savoie.

Carte avec le parcours Carrión de los Condes→ Frómista - détails techniques - fichier GPS [clic]


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