• Christian B.

Dans le Val Ferret : la Désalpe

Mis à jour : avr. 20


Dans le monde paysan d’autrefois, on ne comptait pas ses heures et ses peines. Les 35 heures ? C’était plutôt le double mais on savait aussi prendre le temps de vivre et quelques fêtes villageoises venaient marquer le calendrier.

Dans nos montagnes, c’était la vie de l’alpe qui réglait le travail ; les activités de l’alpage et la vie sur l’alpe se passaient dans le bon ordre parce que les subordinations y étaient claires.

Au sommet de la hiérarchie, on trouvait le procureur ; nommé par les consorts, il engageait les bergers, fixait l’Inalpe et rendait compte à ses pairs de ses décisions. Il avait deux subordonnés immédiats : le fromager qui régnait sur la cabane et le maître-berger qui régnait sur l’étable et le troupeau.

Le fromager, qui aidait à traire en cas de nécessité, préparait les repas et fabriquait le fromage. Il était accompagné traditionnellement par un soyœu (serviteur chargé en priorité de la cave où il nettoyait et salait le fromage d’où son nom). Il disposait encore d’un serviteur qu’on nommait sodzi ou suportyœu, qui nettoyait les étables, brassait le purin qu'il répandait dans les pâturages et, de plus, accomplissait de menus travaux dans la cabane.

Le maître-berger avait le souci premier de bien nourrir le troupeau, il décidait du pâturage, la bonne alternance des herbages et des déplacements était son secret. Sa fierté était de tenir jusqu’à la désalpe et de rendre un troupeau de belle allure. Il pouvait compter sur un second berger, qui était son remplaçant et sur un petit berger, un jeune garçon qui faisait le chien de garde.

Quand les consorts étaient nombreux et les bergers bien intégrés à la population, on célébrait joyeusement la « fête d’août », soit la veille, soit le soir du 15 août. On se retrouvait à l’antique auberge de Ferret, on y organisait le « bal des bergers » avec accordéon et batterie.

Mais un impératif demeurait : il fallait que les trayeurs soient revenus à leur ouvrage avant quatre heures du matin car nul ne les remplaçaient ; la seule nuit qui ne connaissait pas d’hypothèque était la dernière.

En effet, la veille de la désalpe, on trayait plus tard que d’habitude et, le lendemain, on en laissait la charge aux propriétaires qui, dans la matinée, reprenaient leur bétail. Les vieux bergers étaient plus casaniers, les jeunes, plus souvent, s’échappaient jusqu’à une dernière pinte prenant sur leur sommeil le temps de s’amuser un brin ( source espace mont-blanc ).

Aujourd'hui, bien des choses ont changé, les machines à traire ont réduit le temps passé à la traite, les moyens de locomotion – 4 x 4, pick-ups et encore motos de trail – permettent aux alpagistes de descendre dans les vallées faire quelques courses ou prendre quelques instants de loisir... Mais la tradition de l'Inalpe et de la Désalpe est bien respectée!


À la fin mai ou début juin, c’est donc l’Inalpe, la montée à l’estive où les vaches, toutes grisées par l’air de l’altitude, montent en file indienne les lacets serrés qui mènent aux alpages.

Frison-Roche dans son livre « Premier de Cordée » décrit avec force détails cette longue journée, la montée en alpage des troupeaux, le combat des reines dans l’alpage, une vieille tradition qui consiste à laisser le troupeau se choisir une reine, est vieille comme le granit des montagnes.

À la fin de l’été, fin septembre les troupeaux quittent l’alpage et reviennent aux mayens alors que les premières chutes de neige peuvent déjà s’annoncer comme cette année à la fin de la première semaine de septembre. C’est la Désalpe !

Alors, à La Fouly, comme les 16 années précédentes, on a fêté la désalpe : ouverture par la « Fanfare montée du Chablais», animations musicales par le groupe folklorique Les Bouetsedons, le groupe de cor des Alpes Coraccord , l'ensemble de cuivres l'Écho de la Cuvette.

Dès 9 h 45: grand défilé des troupeaux des alpages du Val Ferret avec les reines à cornes et les reines à lait. Dans l’après-midi, combat des génisses pour la nomination de la « Reine de la Désalpe ». Et bien sûr, des stands de restauration sous tentes - cochons et agneaux à la broche, et encore raclette. Les vins, fendant, dole ou gamay coulent raisonnablement (euh pas si sûr !).

Il y a d’autres « désalpes » dans le Valais à Chandolin, à Grimentz ou ailleurs comme à Charmey en Gruyère (canton de Fribourg) et puis aussi chez nous en Savoie mais là, la désalpe change de nom, c’est la « démontagne » ou plus simplement la « descente des montagnes ».


Je reviens toujours ici, dans le Val Ferret, avec le même plaisir, certain d’y trouver une ambiance chaleureuse comme je les aime et, qui plus est cette année, sous un soleil généreux !

Le lendemain, dimanche, je suis monté à la Fenêtre de Ferret, une jolie balade de 900 mètres de dénivelée, face à la chaîne du Mont-Blanc dans sa partie nord-est. Superbe !

Carte avec le parcours Fenêtre de Ferret - détails techniques - fichier GPS [clic]


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Montage audiovisuel de 6 minutes en cliquant sur l'image ci-dessous

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